Burkina Faso La collaboration entre civils et FDS à la loupe du CGD
Imprimer PDF
Note des utilisateurs: / 1
MauvaisTrès bien 

Au Mali, 48 heures après l’évasion spectaculaire de neuf prisonniers dont 8 militaires, un fugitif a été arrêté dans la région de Kayes dans l’ouest du pays.

LEFASO.NET | Par Oumar L. OUEDRAOGO

La collaboration entre populations civiles et Forces de défense et de sécurité (FDS) est un impératif pour faire face aux défis sécuritaires auxquels est confronté le pays. C’est pourquoi, fort d’une étude qu’il a menée sur les rapports entre civils et FDS, le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) a entamé une série de conférences publiques régionales pour promouvoir la coopération entre les deux entités et faciliter leur rapprochement. Dans l’après-midi de jeudi, 24 novembre 2016, les responsables de l’institut ont échangé avec les populations des régions du nord (Ouahigouya) et du Centre-est(Tenkodogo).


« Rôle et missions des Forces de défense et de sécurité : quelle passerelle de collaboration avec les populations ? ». C’est le thème autour duquel, le chargé du suivi-évaluation du CGD et averti des questions liées à la sécurité, Simon Pierre Douamba, a entretenu le public de Tenkodogo composé entre autres de représentants de partis politiques, de leaders d’organisations de la société civile, de représentants des Forces de défense et de sécurité, de professeurs, de parents d’élèves, d’élèves, d’étudiants. Sous la modération de Marcellin Garba, chargé de programme au MBEJUS (Mouvement burkinabé pour l’Emergence de la Justice Sociale), et dans une approche interactive, le communicateur va plonger son auditoire dans le vif du thème par une projection-vidéo. Dans cet élément réalisé par le CGD sur le sujet, il ressort clairement la perception qu’ont les Burkinabè des Forces de défense et de sécurité.

Selon le conférencier, la situation qui prévaut aujourd’hui sur le plan sécuritaire, particulièrement dans les parties nord et sahel du pays, donne l’impression aux populations que leur sécurité n’est pas assurée par l’Etat. « Dans de nombreux endroits, les populations civiles voient les Forces de sécurité avec suspicion, comme des prédateurs plutôt que des protecteurs. Dans le même temps, de nombreux militaires et policiers se méfient aussi de la société civile, remettant en question leurs intentions », situe le conférencier pour qui, ce fait démontre qu’il y a une crise de confiance entre ces deux acteurs. Ce choc de confiances a aussi ses racines qui remontent loin dans le temps avec des débordements et autres incidents qualifiés d’exactions. On est donc dans une atmosphère de méfiance. Pourtant, dans le contexte actuel marqué par la menace terroriste, les Forces de défense et de sécurité doivent pouvoir compter avec les populations comme maillon important dans la croisade contre l’insécurité.

A en croire M. Domba, la phobie des hommes en armes est héritée de la période coloniale où l’arrivée du colon a aussi été caractérisée par la brutalité. L’armée coloniale ayant été utilisée pour contraindre les populations à se plier et à faciliter l’implantation du système du colonisateur. Pour mieux asseoir son autorité, le colonisateur a donc fait rompre toute relation entre militaires et populations, si fait que jusqu’à une époque donnée, la seule vue d’un porteur de treillis pouvait faire fuir tout un village. Des stéréotypes qui restent dans les esprits.

Un autre facteur de ce déficit est la méconnaissance des rôles et attributions des Forces de défense et de sécurité par les populations. « Tout ce que je sais des missions des Forces de défense et de sécurité, c’est attrape-le ! Attache-le ! Frappe-le ! Et tue-le ! », rapporte le communicateur des propos d’un habitant de la capitale. Ce qui est symptomatique d’un manque d’espaces de dialogue et de canaux de communication.

Dissiper, impérativement, le nuage pour faire face aux défis !

Le faible niveau de communication est aussi un facteur du hiatus entre populations civiles et corps habillés.Considérées comme la « grande muette », les Forces de défense et de sécurité sont, à tort ou à raison, réduites au silence sur certaines questions sur lesquelles, les populations souhaitent pourtant entendre leurs réactions. Une certaine opinion estime que les Forces de défense et de sécurité font dans l’exagération dans le silence. Cela laisse aussi le champ libre à tous les commentaires et d’intentions à leur charge.

L’absence d’espaces de dialogue et de cadres de collaboration entre ces deux entités constitue également une insuffisance. Tout comme la difficulté de gestion et de traitement des informations dans la collaboration (même si la mise en place de lignes vertes, par exemple,minimise un peu le manque de cadres de dialogue).

Pour certains Burkinabè, et toujours selon l’étude du CGD, la crise dans la collaboration s’explique aussi par le manque de réactivité des Forces de défense et de sécurité aux sollicitations (alertes) tandis que d’aucuns estiment que ce sont les FDS, elles-mêmes, qui donnent l’identité de leurs informateurs aux bandits. Sur ce dernier aspect, des FDS pointent le manque de moyens roulants, les fausses alertes (des individus prennent le loisir de s’amuser avec les lignes vertes, provocant des sorties sans objet et dispersant ainsi le peu de moyens), etc. Sur la question de fuite sur l’identité des informateurs, des témoignages de FDS rejettent la faute à certaines sources elles-mêmes qui manquent de discrétion. Pire, des informateurs ont tendance à en abuser auprès des populations. A titre illustratif, on apprend que certains informateurs lâchent fièrement dans des débits de boissons qu’ils ne sont pas n’importe qui parce qu’ils travaillent avec des FDS et ce, soit pour échapper à un passif soit pour se faire craindre ou parfois pour se mettre en exergue. Or, être informateur ne veut pas dire bénéficier de la protection des FDS dans ses égarements.

Des pistes de solutions, le communicateur Simon Pierre Douamba suggère l’instauration d’un système d’évaluation périodique des rapports entre FDS et populations ; l’intégration dans le système éducatif, de modules de formation à la citoyenneté et l’organisation de journées culturelles dans les établissements scolaires sur les rôles et les responsabilités des FDS et des populations en matière de sécurité. Aussi propose-t-il l’organisation de journées portes ouvertes dans les camps et les garnisons, la création d’espaces de dialogue pérennes et l’établissement de la confiance du public en la protection de l’informateur.

« Tant que les FDS ne vont pas jouer leurs missions régaliennes… »

 


Convaincu que la sécurité est aussi « la somme de la contribution de chacun par le renseignement », le communicateur inspire qu’il faut travailler à rapprocher les deux acteurs via, entre autres,des journées portes-ouvertes dans les casernes.
A l’issue de l’exposé, les participants n’ont pas été avares en réactions (questions, suggestions, commentaires, témoignages, etc.). Ainsi, des participants ont d’abord dénoncé la complicité de certains citoyens avec des bandits et auteurs d’attaques terroristes. Du constat d’intervenants également,ce n’est pas la parfaite collaboration entre FDS ; il y aurait même une crise de confiance visible qui mérite d’être résolue pour permettre à toutes les composantes de la grande muette d’unir d’abord leurs forces.

En ce qui la réticence des populations à collaborer avec les FDS, certains estiment que c’est une situation qui trouve sa source dans des expériences vécues (altercations entre corps habillés et civiles dans des débits de boissons et autres lieux publics, comportements excessifs de ceux-ci dans des quartiers, etc.). Une autre source de la crise de confiance proviendrait de l’usage fait des politiques (dirigeants) des FDS. ‘’Tant que les FDS ne vont pas jouer leurs missions régaliennes et vont se mettre au service des politiques, la confiance ne reviendra pas. Si c’est le cas, nous allons fuir nos gendarmeries et commissariats pour aller chez les Koglweogo ‘’, a-t-on noté des interventions qui fustigent dans le même esprit, certaines approches des autorités vis-à-vis des questions sécuritaires : « On se souvient après une attaque, le premier responsable en charge de la sécurité, au lieu de se diriger vers l’attaque, va à Kaya pour parler de fête (11-décembre 2016, ndlr). Et tout dernièrement quand on a perdu des militaires, le Président du Faso n’a pas pu voyager parce que son avion était en panne. Alors qu’il est le ministre de la défense… ».

Pour le Sergent Youami Coulibaly, civiles et FDS sont « tous des frères et nous devons tous travailler ensemble ».

A l’issue des échanges, qui ont lieu dans la salle de conférences du Haut-commissariat de Tenkodogo, des participants ont souhaité que le CGD multiplie les initiatives autour de cette question ‘’récurrente’’. Pour Nachor Sorgho, membre du Conseil national des Organisations de la société civile, point focal du CGD à Tenkodogo, la conférence‘’a permis de comprendre le fond du problème. Je constate qu’il y avait déficit de communication. Personnellement, j’ai été touché par l’intervention du militaire (Sergent Coulibaly, ndlr). Il y a des informations qu’il a données et que je n’avais pas. Ils font beaucoup d’activités au profit des populations, comme le don de sang ‘’.

Sur la question, le CGD reste convaincu que « la sécurité est l’affaire de tous ; où qu’il se trouve, chacun peut contribuer à la sécurité par le renseignement ».

Oumar L. OUEDRAOGO

Lefaso.net

 


 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

KIOSQUE JOURNAUX
(Sélectionnez un journal pour afficher les articles)

Restez connecté

You are here:   A la Une