Hassan Ag Mehdi dit Jimmy le rebelle : «Qu’on accepte de se dire la vérité, on aura la plus forte armée de la sous-région…»
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Hassan El Mehdi est le secrétaire général du Front populaire de l’Azawad (Fpa) et membre de la plateforme Front populaire. Ce Front populaire regroupe aujourd’hui presque toutes les différentes communautés du Mali. Le Fpa, à la différence de plusieurs mouvements, est ouvert à tous les Maliens et est décidé à accompagner le gouvernement dans le cadre de la réconciliation nationale. Hassan Ag Mehdi est l’un des rares à regagner les rangs des loyalistes avec armes et bagages. Ses combattants sont actuellement dans les zones du nord du Mali. Jimmy le rebelle a participé avec les autres membres de la plateforme à tout le processus de dialogue d’Alger. Il estime que les Maliens doivent s’unir pour la mise en application de l’accord d’Alger.

Pourquoi avez-vous paraphé l’accord d’Alger 2015 ?

Hassan El Mehdi : Je suis membre de la plateforme qui a paraphé ce document. Les motivations que j’ai aujourd’hui sont celles d’aller vers la raison, celles d’accompagner ceux qui veulent sauver ce peuple. Je peux comprendre que des gens aient des réserves par rapport au document, mais l’appel que je lance aujourd’hui, c’est celui d’aller de l’avant. Aujourd’hui, aller de l’avant, c’est dépasser ce stade de stagnation. Nous sommes décidés à nous donner la main, à trouver une solution au problème posé. Tous les Maliens, sans exception, sont responsables du problème qui est arrivé au Mali. Et sans exception, le Mali a besoin de tous ses enfants pour résoudre ce problème car nous avons tous détruit ce pays.

Les Maliens se prononcent aujourd’hui sur l’accord ; certains disent qu’il n’est pas bon. Il n’est toujours pas paraphé par la CMA. Qu’est-ce qu’il faut faire ?

Moi, je pense que l’accord est bon. Premièrement, il est bon parce que ça a nécessité 8 mois de travail de toute la communauté internationale, de la Coordination des mouvements de l’Azawad, de la Plateforme, de la médiation et du gouvernement malien. Un travail de 8 mois, pour moi, ne peut pas tomber à l’eau. Il peut y avoir des omissions, il peut y avoir des détails qui manquent. Mais il est bon parce qu’il doit sauver des millions et des millions de personnes. Il est bon parce que depuis qu’on a commencé à parler de cet accord, il y a eu un cessez-le-feu, il y a moins de problèmes. Pour toutes ces raisons, je pense qu’il est bon.

Selon vous tout le monde doit accepter ce document ?

Je pense qu’aujourd’hui tout le monde doit aller vers la raison. La raison c’est quoi, c’est essayer de redevenir soi-même parce que nous nous sommes retrouvés éparpillés en coordination, plateforme... Alors que c’est un Etat qui est là, qui a besoin de se ressouder, se compléter en prenant en compte tous ses fils, sans exception. Donc l’appel que je lance à tout le monde, c’est qu’on se donne la main, qu’on aille vers une solution à ce problème.

Après la signature, il y a plusieurs étapes comme le cantonnement. Vos hommes vont-ils accepter cela ?

Je pense que l’accord dans son contenu dit beaucoup de choses qui ne sont pas le cantonnement. Bien sûr qu’il y aura un cantonnement. Un cantonnement, c’est un regroupement de personnes en armes. Il permettra de localiser et de savoir où sont positionnés les différents combattants. Ce n’est qu’une étape parmi plusieurs autres étapes. Mais là où ça pourrait mieux aller, c’est l’étape qui va permettre aux gens de se rencontrer, de s’ouvrir et de se dire encore plus. Il ne suffit pas de dire qu’un accord est signé ou paraphé, c’est le temps qu’il faut pour que les gens se comprennent et aillent vers la raison. Ça va permettre de prendre en compte beaucoup de choses que les gens n’ont pas pris en compte. Ça permettra aux gens de faire des revendications ; ça permettra à chacun de se dire la vérité et le plus important sera l’approche. Tant que cet accord n’est pas signé, tant qu’il n’y a pas d’approche, il ne peut y avoir de solution.

Malgré le cessez-le-feu, l’insécurité règne partout. Ce n’est plus le nord, c’est partout au Mali…

Pour moi, le cessez-le-feu est respecté parce qu’il est signé entre des parties. Maintenant, le problème qui se pose aujourd’hui, c’est la lenteur pour aller vers la recherche d’une solution. C’est pourquoi j’invite tout le monde à aller vers la paix. Tant qu’il n’y a pas un processus de paix, quelque chose sur lequel les gens se comprennent, ça donne l’occasion à beaucoup de choses. Ça ouvre la porte au banditisme ; ça donne l’occasion à celui qui veut détruire le pays, de le faire. Ce qui est important aujourd’hui et ce qu’il faut savoir, c’est que cet accord doit être signé parce qu’il peut constituer un blocage à tout acte isolé. C’est pourquoi il n’a pas que seulement des amis. Il y a aussi ceux qui ne veulent pas l’accord parce que ça ne les arrange pas, parce qu’ils veulent continuer dans ce vide. Il y a ceux qui veulent l’accord parce qu’il le faut pour essayer de se ressouder en vue de faire face à ce qu’on a devant soi.

Que faut-il faire dans un pays où certains pensent que la crise est dernière nous, pendant que d’autres sont dans les jeux politiques, avec une société civile qui ne joue pas son rôle ?

Il faut qu’on se dise la vérité, rien ne sert de mentir, que chacun se dise la vérité individuellement d’abord. Aujourd’hui, il faut que le pays soit rebâti. Et il ne sera rebâti qu’avec ses fils soudés. Il faut que les gens se comprennent, il faut qu’ils arrêtent de se chamailler ; il faut qu’ils arrêtent d’éviter de se parler ; il faut qu’ils se donnent la main dans la main. En ce moment, nous constituerons l’un des blocs les plus solides. Aujourd’hui, ce pays peut constituer l’armée la plus forte de la sous-région et du monde, si ses fils se retrouvaient, se disaient la vérité, si chacun se sentait Malien. C’est à cette étape là qu’il faut aller et à partir de cette étape, nous ferons tous face à tout ce qui va essayer de détruire ce pays-là.

Vous avez quelques mots pour conclure cet entretien ?

Comme je le disais au début, le pays a besoin de nous tous. Parce qu’il n’y a pas un seul être dans ce pays, qui n’est pas quelque part responsable de ce qui est arrivé à notre pays, soit par sa négligence, soit par son acte. Donc l’appel que nous lançons à tous les fils de ce pays, c’est de se donner la main afin de reconstruire ce que nous avons tous détruit. Nous lançons un appel à nos frères de la coordination afin qu’ils acceptent d’accompagner le document qu’ensemble, avec la communauté internationale, pendant 8 mois, nous avons élaboré. Ça permettra plus d’ouverture ; ça permettra plus de compréhension entre les parties en vue d’aller vers une solution définitive. Ce problème qui fait souffrir nos populations partout au Mali, parce qu’il y a des endroits, quand vous partez, vous allez croire qu’ils n’ont jamais été habités. Aujourd’hui, les populations savent au fond d’elles-mêmes ce qu’elles veulent. Il faut que chacun prenne la responsabilité de dire ce qu’il veut dire, ce qu’il pense, de dire vers où il veut aller.

Kassim TRAORE

Source: Le Reporter

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