L’Honorable Ahamada Soukouna, Vice-président de l’ADEMA/PASJ
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Dans cette interview exclusive, l’Honorable Ahamada Soukouna, 4ème Vice-président de l’Assemblée nationale et Vice-président de l’ADEMA/PASJ, aborde le congrès de son parti prévu pour les 27, 28 et 29 mars 2015 et les rapports entre celui-ci et le RPM. Il critique également notre armée pour ses défaites successives et commente l’accord proposé par la médiation, dont il espère la signature afin que le Mali puisse faire face à son développement.

Vous êtes Vice-président de l’ADEMA, comment se prépare le congrès de votre parti?

Ahamada Soukouna: Le congrès de l’ADEMA se prépare très bien, Dieu merci. Je rentre d’une tournée dans la première région. Nous étions partis mettre en place les sections du parti dans la région de Kayes. Nous sommes en phase de renouvellement de toutes les sections. Tous les comités et sous-sections sont renouvelés et 90% des sections le sont également, en vue de ce congrès, prévu pour les 27, 28 et 29 mars prochains. Dans l’ensemble, tout se passe très bien. Il n’y a pas de problèmes particuliers. A chaque fois qu’il y a des renouvellements, il y a toujours des remous. Cela est humain, les hommes et les femmes aspirent à se placer aux postes de responsabilité au sein du parti. Cela ne constitue pas une mauvaise chose en soi et permet de redynamiser le parti. Ce qui serait dommage, c’est que cela nous conduise à des démissions ou à des divisions. Jusqu’à maintenant, on n’a pas constaté de divergences profondes, pouvant aller jusqu’à démissionner du parti. Dans l’ensemble, les renouvellements se passent très bien.

Donc, il n’y a pas risque de rupture au sein du parti?

Non, je ne pense pas, dans la mesure où chacun d’entre nous est conscient, aujourd’hui, que notre salut se trouve dans l’unité et la cohésion. Unis, nous sommes forts, divisés, nous sommes faibles, l’histoire du parti nous a démontré cela. Je pense que chacun d’entre nous va tirer les leçons de ce que nous avons traversé comme crises depuis des décennies. Il est temps de mettre un terme à cela.

Vous êtes réputé être un proche d’Iba N’Diaye, qui est parti à l’URD. Pourquoi ne l’avez-vous pas suivi?

Je suis un proche à Iba, c’est un ami. Jusqu’à maintenant, il reste l’ami. Cela dit, tout comme lui, je suis un homme de conviction. Je n’ai pas adhéré à l’ADEMA à cause d’Iba. Je l’ai connu à travers l’ADEMA. J’étais le Secrétaire de la section ADEMA de France et il était le Secrétaire du Comité exécutif du parti. Nous avons collaboré, travaillé ensemble. Nous avons pu réellement créer une amitié très sincère et profonde, à tel point que nous sommes devenus des frères. Il n’y a pas le moindre doute par rapport à cela. Mais Iba a une forte personnalité et j’ai mes convictions. Le jour où je vais quitter l’ADEMA, ce sera parce qu’il y a une divergence d’opinion, d’orientation politique. Mais je ne quitterais pas l’ADEMA parce qu’Iba l’a quitté ou pour quelqu’un d’autre. Ce n’est pas Iba qui m’a fait venir à l’ADEMA. Donc, de ce point de vue, je suis très à l’aise. Je suis Abeille et je le demeure.

L’ADEMA est un allié du régime actuel. Quel regard portez-vous sur les premiers mois d’IBK au pouvoir?

Il est difficile de tirer un bilan d’IBK au pouvoir, dans la mesure où le pays même est dans une situation telle qu’on n’a pas beaucoup de visibilité, à cause de tout ce qui se passe au nord, de la crise économique et j’en passe. Donc, il est difficile de faire un bilan. Ce que je peux vous dire, par contre, c’est que c’est un choix de la direction nationale du parti de soutenir le Président IBK. Ce que nous faisons avec sincérité. A l’Assemblée, ici, à chaque fois qu’il y a des projets de loi et des prises de position difficiles, je pense que nous l’avons fait dans le sens de la majorité présidentielle. Maintenant, il y a deux partis, le RPM et l’ADEMA. Nous, notre préoccupation, c’est de faire en sorte que l’ADEMA puisse rebondir et se repositionner sur l’échiquier politique, dans une collaboration franche avec le RPM et le pouvoir, sans tricherie. Quand on est dedans, on y est et quand on n’y est pas, on n’y est pas. C’est l’avenir qui nous dira si cette alliance prospérera jusqu’à envisager un autre schéma. Sinon, nous n’avons de problèmes ni avec le RPM ni avec le pouvoir. Notre souci, c’est d’aider le Président pour que le pays sorte de cette situation

Revenons maintenant à l’Assemblée nationale. Lors des débats sur le projet de loi d’orientation et de programmation militaire, on vous a senti très critique envers l’armée. Pourquoi?

Si j’ai été critique à l’endroit de l’armée en tant qu’élu, c’est je dis peut-être tout haut ce que tous les Maliens tout pensent tout bas. C’est une réalité. Je dis que l’humiliation que nous avons connue, c’est à cause de l’armée. Cela dit, je ne dis pas que notre armée est dans toutes les conditions et qu’elle a tous les équipements nécessaires pour faire face. Mais force de reconnaître que le degré de combativité de notre armée n’était pas à hauteur de souhait, aussi bien par rapport aux évènements de 2012 que par rapport au 21 mai 2014 à Kidal. La manière dont elle a été défaite, je crois qu’elle-même s’est sentie humiliée, à plus forte raison le peuple. Nous avions espoir qu’après tout ce que nous avions connu en 2012 l’armée allait se réorganiser, se restructurer, pour, petit à petit, faire face aux défis auxquels elle est confrontée. Mais le 21 mai 2014 est venu emporter cet espoir. Maintenant, nous avons voté un budget de plus de 1 230 milliards de francs CFA pour l’armée, sur cinq ans. Ce sont des moyens colossaux qu’on met à leur disposition. Cela dit, le peuple malien est en droit d’attendre de son armée des résultats probants. Tous les Maliens sont frustrés par rapport à ce qui se passe au Nord aujourd’hui. Je l’ai dit durant la plénière, si nous sommes dans cette situation à Alger, c’est parce que le rapport de forces sur le terrain ne nous est pas favorable. Si l’armée malienne avait réussi à repousser les attaques du Mnla et consorts, aujourd’hui on en aurait fini avec les négociations. C’est notre armée, nous la soutenons sans réserve, mais il faut aussi lui dire la vérité. Puisque l’Assemblée nationale a mis à sa disposition des moyens, en votant la loi d’orientation et de programmation militaire, c’est à elle maintenant de se montrer digne de cela.

Il y a un autre projet de loi bloqué à l’Assemblée nationale. Il s’agit de celui instituant des mesures pour la promotion du genre dans les postes nominatifs et électifs. Quelle est votre position par rapport à ce texte?

Pour cette question, je vous donne mon avis personnel, je suis contre, sans détour, de façon très claire. Je ne suis pas contre parce que je ne veux pas la promotion des femmes. Je suis un militant de l’ADEMA, je suis le Secrétaire général de ma section. Je dis que nous ferons tout pour que les femmes soient mises en bonne position sur les listes électorales. Même si on peut aller jusqu’à 50%, moi ça ne me pose absolument aucun problème. Là où ça ne passe pas chez moi, c’est de le faire sous forme de loi, par la contrainte. Parce que nous connaissons notre pays. Il y a des localités où vous ne pourrez jamais mettre 30% de femmes sur une liste électorale. Alors, si vous n’arrivez pas à faire cela, on invalide votre liste? Vous conviendrez avec moi que ce n’est pas juste. On ne peut pas invalider la liste de toute une population parce que vous n’avez pas mis 30% de femmes. C’est là où je ne suis pas d’accord. Sinon, je suis absolument pour la promotion de la femme. Je le dis, le jour du vote, quand vous passez devant les bureaux de vote, les électeurs ce sont les femmes, en majorité. Donc, il n’y a pas de raison qu’elles soient là uniquement pour élire les hommes. Il faut qu’elles aussi assument les postes de responsabilité, notamment électifs. Sous forme de boutade, quand vous voyez ce qui se passe au niveau du Gouvernement, en termes de promotion de la femme, on ne peut pas nous reprocher quelque chose. Je suis entièrement d’accord que les femmes doivent avoir leur place dans l’espace politique dans notre pays. Elles sont incontournables. Elles sont nos épouses, nos sœurs et nos filles, il n’y a aucune raison pour qu’elles ne puissent pas évoluer positivement. Seulement, ce qui me dérange, c’est cette contrainte qui va faire que des listes électorales vont être annulées faute de 30% au moins de femmes.

Quel bilan tirez-vous des premiers mois de cette législature?

Je pense que c’est positif. Vous savez, un député n’a pas de budget. Il ne fait que voter des projets de loi et contrôler l’action gouvernementale. C’est une Assemblée qui a été mise en place, suite à une crise aiguë, comme notre pays n’en avait jamais connue. Il y avait énormément de projets lois importants qu’il fallait voter. Aujourd’hui, nous sommes à plus de 80 projets de lois adoptés. Je pense que l’Assemblée a bien travaillé pendant cette période. Sur cinq ans, nous ne sommes qu’à un. Nous allons améliorer le reste, en termes d’organisation et de fonctionnement, pour mettre le député dans les conditions de travail décentes afin d’être performants. Dans l’ensemble, je pense que c’est positif.

Certains groupes armés n’ont pas paraphé l’accord proposé par la médiation à Alger. Quel commentaire faîtes-vous de cela?

Le Gouvernement a paraphé un document. Même s’il n’est pas parfait, en tant que membre de la majorité présidentielle, il est de notre devoir de le soutenir et de l’accompagner. Mais il faut être particulièrement vigilants, comme l’ont dit le Premier ministre et le ministre des Affaires Etrangères, quant à son application et à sa mise en œuvre. Ce qui va dans le sens de l’unité, de la cohésion, de l’intégrité territoriale de notre pays, nous le soutiendrons. Mais pour ce qui est des velléités d’indépendantisme et qui remet en cause l’unité nationale, nous le combattrons de toutes nos forces. J’espère, comme tous les Maliens, que ceux qui ont refusé de parapher ce document, avec le temps de réflexion qu’ils ont demandé, vont revenir à de meilleurs sentiments et le parapher, pour que nous puissions arriver à un accord nous permettant de sortir de cette crise et pour que notre pays puisse s’attaquer à son seul problème, celui du développement. Ce problème ne concerne pas que les régions du Nord. Je suis Kayésien, n’eut été l’accompagnement et le soutien des migrants, Kayes aurait été pire que le Nord. Ils essaient de faire croire à la communauté internationale que le problème de développement concerne uniquement les régions du Nord. Ce n’est pas vrai. Toutes les régions du Mali sont concernées par ce problème. J’espère que, dans les jours à venir, nos frères reviendront à la table des négociations pour qu’on finalise cet accord.

Interview réalisée par Youssouf Diallo

 

Source: 22 Septembre

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