Moussa Ag Assarid, représentant du Mnla auprès de l’UE : «Un accord imposé qui ne respecte pas la volonté des Azawadiens n'est pas un accord»
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Le dimanche 1er mars, à Alger, la CMA a lu une «déclaration relative à la 5ème phase du processus d’Alger», dans laquelle elle «demande à la médiation internationale de lui accorder du temps pour partager le projet d’accord avec les populations de l’Azawad». Il nous donne des éclaircissements dans l’interview qui suit.

Le Reporter : Quelle méthode la CMA a-t-elle choisie pour partager le projet avec les populations ?

Moussa Ag Assarid : Ce qu’il faut savoir, c’est que chaque mouvement de la CMA a sa propre structure interne. Le Mnla, par exemple, a son Conseil consultatif, sa Coordination de femmes, son Union de jeunes, son Conseil révolutionnaire et son Conseil transitoire de l’Etat de l’Azawad qui est l’organe exécutif du mouvement, dont Bilal Ag Achérif est président, et Mahamadou Djéri Maïga, vice-président. Chaque mouvement de la CMA est organisé de façon assez similaire, même si les noms diffèrent. Donc, la CMA a prévu plusieurs consultations menées par les structures de ses différents mouvements, à savoir le Mnla, le Hcua, le Maa, la Cpa et la CMFPR2, présidée par Ibrahima Kantao. Ces structures rencontreront les leaders communautaires, les chefs de villages et de fractions, les représentants des chefferies traditionnelles, les associations de jeunes et celles de femmes.

La délégation de la CMA est rentrée d’Alger mardi 3 mars 2015, au soir. Il est prévu qu’elle fasse un compte-rendu dans plusieurs localités et dans les camps de réfugiés situés dans les pays limitrophes. Il y aura des rencontres élargies, c’est-à-dire des meetings d’information sur les grandes lignes du projet d’accord. Une rencontre des dirigeants de la CMA est prévue à Kidal le 10 mars prochain. Je ne sais pas encore si c’est lors de cette rencontre que la CMA prendra sa décision.

Ce que, vous, vous appelez l’Azawad couvre 3 régions, celles de Gao, Kidal et Tombouctou, sans oublier le cercle de Douentza, n’est ce pas ? Quelles populations vont être consultées ou informées ? Celles de ces 3 régions et celles de ce cercle ?

Tout à fait, sont concernées par ces consultations toutes les populations qui vivent dans ces régions et cercle, sans aucune distinction. La CMA se bat pour elles afin de leur permettre de vivre enfin librement et dignement chez elles. La CMA a des représentants un peu partout sur ce territoire de l'Azawad et dans les camps de réfugiés. Par exemple, le siège de la CMFPR2 est à Gao.

Mercredi 4 mars, il s’est écoulé seulement quelques jours depuis dimanche. En combien de temps la CMA pense-t-elle pouvoir procéder à toutes les consultations ?

C’est difficile à dire, car cela dépend des moyens, de la sécurité, des distances et de la logistique.

La CMA a-t-elle besoin d’autorisations ou d’un soutien sécuritaire pour parvenir à tout organiser ? En vous demandant cela, je pense aux forces internationales présentes qui vont être attentives à ce qui se passe.

Ces forces seront bien sûr sollicitées. Le 3 mars, lorsque la délégation de la CMA est rentrée, une surveillance sécuritaire et un car de la Minusma étaient présents, ensuite nos mouvements ont pris le relais. Oui, nous demanderons un soutien des forces internationales pour l’organisation des consultations.

À l’heure où nous nous parlons, la CMA a-t-elle déjà recueilli des réactions et des points de vue de la part des populations ?

Oui, car grâce à l’internet et au téléphone, le projet d’accord est disponible sur le terrain depuis dimanche. Il a déjà été traduit pour le rendre accessible à tous. Les échos que j’ai eus ne sont pas du tout favorables à ce document. Ceux qui l’ont lu considèrent qu’il ne prend pas en compte les aspirations des populations de l'Azawad. Il n’y a pas d’évolution significative par rapport à l’accord de Tamanrasset de 1991, au Pacte national de 1992 et à l’Accord d’Alger de 2006. Si on prend le seul exemple de l’élection du président de l’Assemblée régionale, le seul changement est qu’on passe du suffrage universel indirect au suffrage universel direct et qu’on lui confère des «pouvoirs importants». Ce sont des termes trop imprécis pour s’en satisfaire. Ce projet d’accord est flou. Il y a trop d’ambiguïtés. Il y a beaucoup d’exemples de ce type dans le projet. Si les députés ne votent pas, si la Constitution n’est pas changée, rien de nouveau ne sera possible. Nous connaissons bien le gouvernement du Mali. Même s’il avait la volonté politique d’un changement, je dis bien, s’il avait, il n’aurait pas les moyens de l’appliquer.

Au sortir de ces consultations que je vais qualifier de populaires, la CMA a deux réponses possibles. Soit «oui, on signe», soit «non, on ne signe pas». Dans ce dernier cas, la CMA va-t-elle faire une contre-proposition, c’est-à-dire soumettre un autre texte ?

Je ne peux pas répondre à cette question. Je ne peux pas parler avant la prise de décision qui suivra les consultations. Cependant, je précise que nous, le Mnla, avons des équipes d’experts que nous mettons dans le panier commun de la CMA. Je m’explique. Le Mnla a trois avocats qui travaillent avec nous depuis 2012, un avocat anglais au barreau de New York (USA), un avocat hollandais au barreau d’Amsterdam (Pays Bas) et un troisième, une avocate française du barreau de Paris (France). Nous avons d’autres experts qui nous accompagnent dans tout ce processus. C’est à la lumière de leurs conseils et de la volonté populaire des Azawadiens que la CMA prendra sa décision et déterminera sa stratégie future.

Quand vous parlez des Azawadiens, vous parlez bien de toutes les populations qui vivent au Nord du Mali ? Je veux dire toutes les communautés culturelles septentrionales, même les Songhoïs, les Peuls, les Bozos et les autres.

Tout à fait, la CMA ne fait pas de différence ethnique ou communautaire ou géographique entre les populations. Pour nous, chaque personne, quelle que soit son appartenance, mérite considération et dignité. Les droits doivent être respectés.

Ça signifie donc que tout le monde sera invité aux consultations et pourra donner son avis sur le projet d’accord, n’est-ce pas ?

Tout le monde est invité à s'exprimer. Nous le ferons en fonction de nos moyens et de nos possibilités. La CMA fera tout pour consulter l’ensemble des populations de l’Azawad qui pourront se déplacer, étant donné la situation sécuritaire et la logistique. Au sein des différents mouvements de la CMA, toutes les communautés sont représentées. Les suggestions de tous seront prises en compte.

La CMA prendra-t-elle en compte le pourcentage de personnes qui auront pu assister, donc s’exprimer lors de ces consultations, par rapport au nombre total d’habitants, afin de pouvoir dire qu’elle prend une décision conforme à l’opinion d’une véritable majorité d’habitants ?

Dans le seul intérêt général des populations de l'Azawad, nous ferons tout ce que nous pourrons, pour mener des consultations populaires de qualité et de quantité. La CMA prendra une décision conforme à la volonté populaire et à la hauteur du conflit.

Abdoulaye Diop, le MAE du Mali et Pierre Buyoya, le représentant de l’Union africaine ont tous deux déclaré qu’ils comptaient sur la CMA pour adhérer au projet d’accord. Qu’en dites-vous aujourd’hui ?

Ils savent tous les deux ce qu’il y a dans le projet et ils savent ce que nous nous sommes dit, les yeux dans les yeux. Ils savent que ce que nous avons proposé n’a pas été pris en compte dans le projet. Nous écouterons le peuple. Nous continuerons à nous battre pour le peuple. Nous n’en sommes plus à échanger les souffrances du peuple contre des postes à Bamako. Nous avons dépassé ce stade-là.

Je vous laisse conclure, Moussa Ag Assarid.

Ceux qui souffrent depuis 50 ans, méritent que cela prenne fin grâce à des propositions pragmatiques qui leur donneront l’opportunité d’être acteurs de leur destin. La volonté populaire mérite d’être enfin respectée. Les populations doivent pouvoir choisir ce qui est bien pour elles. C’est le propre de la démocratie.

Je tiens à ajouter que, dans le projet, il est dit que l’Azawad est une réalité humaine, socio-culturelle, mémorielle et symbolique. Or, nous tenons à ce qu’il y ait une reconnaissance politique et juridique de l’Azawad, car c’est cela qui est important.

Pour résoudre ce conflit d'un demi-siècle, il faut une audace, des engagements précis et des responsabilités courageuses au bénéfice des populations concernées dont les intérêts doivent êtres au-dessus de toute autre considération. Un accord imposé qui ne respecte pas la volonté des Azawadiens, n'est pas un accord. Les accords précédents le prouvent à suffisance. La CMA est résolument engagée dans la recherche de la paix, mais une vraie paix, basée sur un vrai contrat social, réaliste et mutuellement accepté.

Françoise WASSERVOGEL (propos recueillis le mercredi 4 mars 2015)

Source: Le Reporter

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