Moussa Doumbia dit El Hadj Karamoko Tentemba Doumbia avant son décès : «Ce sont la vieillesse et la maladie qui m’ont éloigné de la scène»
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Le grand comédien Moussa Doumbia, affectueusement appelé Tentemba Doumbia par ses fans, était absent de la scène depuis 8 ans. Avant son décès, il nous avançait sa maladie et la vieillesse, comme raisons de son absence. Le mercredi 18 mars 2015, la maladie a eu raison de lui. Moussa Doumbia est décédé dans son village natal à l’âge de 64 ans. Malade, selon nos sources, il a été transporté au village. À Bamako, il vivait dans sa famille à Niamakoro. Le jeudi 28 juin 2007, nous l’avions rencontré à la Maison des jeunes, alors qu’il faisait partie des invités que l’artiste Mamou Sidibé avait conviés à la conférence de presse organisée dans le cadre de la sortie officielle de son album «Juguya». Tentemba, il faut le rappeler, a marqué les années 1990. Malgré sa maladie, ce grand comédien s’était confié à nous. Nous vous proposons l’entretien que nous avions eu avec lui dans le jardin de la Maison des jeunes de Bamako en juin 2007. Dors en paix grand Tentemba, tu resteras toujours dans nos cœurs. Que Dieu t’accueille dans son Paradis. Amine!!!

Le Reporter Mag : Cela fait longtemps qu’on ne vous voit plus sur scène?

Moussa Doumbia : Ce sont la vieillesse et la maladie qui me fatiguent. Maintenant, je ne peux plus faire des grimaces comme je le faisais avant, car l’âge ne pardonne pas. Je suis aussi malade et je ne peux plus être aussi vif comme dans mon jeune âge. Je suis toujours à Bamako, à Niamakoro. Ce que je vis maintenant fait partie de ma vie. La maladie est un fait de Dieu et je l’accepte avec beaucoup de philosophie.

Avant cette maladie, avez-vous enregistré des cassettes?

J’en ai fait deux. La première a rencontré un grand succès et j’ai gagné pas mal d’argent ; mais pour la seconde, nous avons rencontré des problèmes. À l’époque, nous faisions nos cassettes au Libéria et ça a coïncidé avec le début de la guerre. Mon producteur a eu des problèmes et l’album n’a pas eu de succès. Cela n’a rien gâté pour moi parce que j’étais moi-même une cassette ambulante. Je faisais le tour des rues de Bamako, les marchés, les lieux publics pour faire rire les gens avec mes histoires drôles. Les cassettes étaient plutôt pour moi une manière de préserver mes histoires pour les générations futures.

Comment êtes-vous venu à la comédie ?

Par la grâce de Dieu. C’était dans ma tête. J’ai passé toute mon enfance en train de conduire les bœufs en brousse dans la région de Sikasso, à Lobougoula, Kadiolo, Fourou. J’ai traversé plein de petits villages en tant que berger. J’étais avec les Peulhs, en transhumance. C’est par la suite que je suis venu à Bamako. J’ai commencé à faire rire les gens, à faire des cassettes et à passer dans les émissions de télé et dans les radios.

Vous avez fait une «Nuit du rire» avec Guimba national ?

C’est lui qui m’avait appelé en me disant qu’il avait un groupe avec lequel il avait bien travaillé. C’est pourquoi je suis venu participer à la «Nuit du rire». C’est pourquoi, même après la présidentielle de 2002, il a jugé nécessaire de continuer à travailler avec moi. Nous avons fait un spectacle à Kati, alors que nous n’avions jamais travaillé ensemble avant.

Regrettez-vous quelque chose aujourd’hui ?

En dehors de la maladie, personne ne m’a jamais causé du tort. Je n’ai pas rencontré de difficultés majeures. Les gens m’ont toujours bien accueilli partout au Mali. Et je continue de faire la même chose : raconter des histoires drôles, faire rire les gens, sauf qu’avec la maladie, je ne suis plus le même. Avant, je pouvais faire deux mois en train de me promener. Mais, actuellement, si je sors un jour, il me faut deux jours de repos. Parce que j’ai de l’hypertension ; c’est ce qui m’empêche de sortir et de faire comme autrefois.

Où peut-on vous voir à Bamako?

Je suis à Niamakoro, à la rue Zirabakoro, actuellement rebaptisée Rue Tentemba, comme je l’ai entendu dans la bouche des gens. C’est une sorte de repère pour les populations, qui leur permet de se situer dans le quartier. Mais je ne suis pas le premier à avoir donné mon nom à une rue.

Pourquoi êtes-vous présent à cette conférence de presse ?

Mamou Sidibé a eu l’occasion de m’inviter pour un spectacle dans son village du Ganadougou, Niéna. Nous avons fait le show et ça a été une réussite. C’est pourquoi depuis, lorsqu’elle a des activités, elle m’invite. C’est elle-même qui est venue m’apporter ma carte d’invitation jusqu’à la maison. C’est pourquoi je suis là en chair et en os.

On voit que vous êtes très malade, avez-vous un appel à lancer ?

Je suis très malade. Je ne vais pas rester à Bamako. Je compte retourner dans mon village à Bougouni. Nos anciens disent que les hommes sont en paix, tant que les plus forts, je veux dire ceux qui dirigent, ne font pas du tort aux plus faibles, aux pauvres. Actuellement, dans notre pays, à quoi assiste-t-on ? Les Maliens continuent toujours à vivre au jour le jour, tout est cher. Je ne ferai plus le tour de Bamako pour vivre ; je n’ai même plus la force de le faire. Mais, tout ce que je souhaite, c’est l’entente, la paix entre les fils du Mali. Que les Maliens s’accordent et se comprennent sur l’essentiel, la construction du pays ! Que les injustices, la mésentente, l’anarchie, le mépris des puissants à l’égard des faibles diminuent. Je veux la paix dans nos villes, au Mali, en Afrique et dans le monde parce que sans paix et entente, rien de durable ne saurait être réalisé. Notre pays est un pays de vieilles civilisations. Que cela serve à nos autorités à aider les plus faibles pour soulager leurs souffrances. Je souhaite le bonheur à tout le monde !

Réalisé par Kassim TRAORE

Source: Le Reporter Mag

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