Edito : Alger sur une pente dangereuse
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La semaine dernière, tout heureux, le chef du gouvernement, Modibo Kéïta, a réuni autour de lui la classe politique malienne et la société civile pour partager avec elles l’information qu’Alger, chef de file de la médiation, lui avait faite parvenir: la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) avait décidé de parapher le texte le 15 avril. C’était un ouf, la joie chez les uns et les autres.

Celle-ci fut de courte durée, parce que, dans les jours qui ont suivi, la même CMA a annoncé, par médias interposés, qu’elle ne parapherait pas le document. Un communiqué de presse, signé de Mossa Ag Attaher de la Commission communication de la CMA précisait: «…qu’elle ne pourra pas parapher l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali dans son état actuel et à la date indiquée».

A l’analyse, on se rend compte qu’Alger a voulu forcer le paraphe du document, en annonçant aux autorités maliennes, dans la précipitation, qu’une cérémonie serait organisée le 15 avril. Ensuite, le pays d’Abdoul Aziz Boutéflika a tenté de diviser la CMA pour parvenir au paraphe, ce qui n’est pas une bonne chose en ce moment.

Alger aurait dû le faire durant la crise, ou au cours des négociations tendues. En jouant sur les divisions des rebelles de Kidal, au moment où le Mali a besoin de leur unité pour la mise en œuvre des bonnes intentions contenues dans le document paraphé, afin de réaliser la paix des cœurs et des esprits, Alger complique la tâche de Bamako.

Ce qui nous amène à nous interroger sur le bien-fondé de la démarche de notre voisin algérien. En effet, tout paraphe du document qui ne serait fait par les leaders qui ont pris part aux négociations ne doit pas être accepté par le Mali. C’est un marché de dupes qu’Alger veut nous faire conclure à tout prix.

Le Mali n’a aucun intérêt aujourd’hui à diviser la CMA, d’autant que ses chefs ne sont pas dans notre sillage actuellement.

Alger est donc sur une pente dangereuse, qui pourrait faire glisser le Mali en retardant le processus de paix, parce que le statu quo affaiblit le tissu social et économique du Mali, surtout, en l’occurrence, dans le Nord du pays.

Alger est-elle consciente du mauvais coton qu’elle est en train de filer? Joue-t-elle au pyromane, après avoir consenti d’énormes sacrifices? En tout cas, son jeu troublant est perturbant, déroutant, incompréhensible.

Si Alger entend exercer une véritable pression sur les parties réfractaires, pour les contraindre à parapher le document, la division et le débauchage au sein de la CMA ne sont guère les meilleures solutions.

D’où viennent les céréales consommées dans la région de Kidal? D’où provient le carburant utilisé pour circuler et perpétrer des attaques contre les forces armées maliennes (FAMA) et la MINUSMA? Quelle ville sert de base arrière aux rebelles et terroristes de l’Adrar des Ifoghas? A partir de quel pays reçoivent-ils de l’argent à partir de l’étranger?

La vraie pression consisterait à leur couper les vivres et les sources de financement. Alger ne le fait pas et envisage une alternative qui compliquera le processus de paix. Si ça se gâte, c’est bien à Alger. Si ça donne de bons résultats, c’est bien également à Alger.

Alors, qu’on nous montre de la bonne foi, de la sincérité dans le partenariat et la fraternité qui unissent nos deux pays. Boutéflika, le plus Malien des Algériens, est vivement interpellé.

Chahana Takiou

 

Source: 22 Septembre

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