Ousmane Touré dit Docteur Atmo, acteur-animateur : «Le gouvernement doit remettre les Maliens de la diaspora en confiance pour qu’ils investissent dans le développement du Mali»
Imprimer PDF
Note des utilisateurs: / 0
MauvaisTrès bien 

Né à Bamako d’un père Touré et d’une mère Kéïta, Ousmane Touré dit Docteur ou Atmo est acteur de complément, animateur, agent de fret aérien... «Je suis intérimaire polyvalent, donc je fais tout ce que je trouve. C’est ça un aventurier qui n’a pas trop de choix», nous dit-il. Ce beau garçon avec sa tignasse de rasta s’est illustré au Mali par ses émissions de rap et avec «Guérébou Kounkan», un groupe de rap formé de Talibés (Hadi Bah, Boussam, Modibo et Solo), avant de poser sa valise en France en 2009. Même s’il se fait très discret depuis, Atmo garde un contact culturel et sentimental avec ses racines, avec sa patrie pour qui il nourrit de grandes ambitions. Qu’est-il devenu depuis qu’il a quitté le Mali ? Ousmane Touré dit Docteur Atmo nous le dit dans cet entretien.

Le Reporter Mag : D’où tirez-vous ce surnom de Docteur Atmo ?

Atmo : Docteur, c’est parce que mon homonyme, qui est aussi le jeune frère de mon père, est docteur. Mon rêve était de devenir docteur comme lui. Et le destin a fait que je suis devenu docteur du micro (rires). Et à la maison, ma maman et ma grande sœur m’appellent toujours Docteur. J’aime ce pseudo. Atmo, c’est l’Atmosphère ! C’est à l’école qu’un camarade de classe au second cycle m’a surnommé Atmo. Sans doute à cause de mon talent à détendre l’atmosphère, à mettre de l’ambiance dans le groupe. Et depuis, c’est rester.

Vous êtes animateur radio. Qu’est-ce qui vous a conduit au management artistique ?

Avant d’être animateur, j’étais artiste. À l’époque, nous n’avions ni manager ni producteur. Ce n’était pas facile pour les artistes de l’ombre que nous étions. C’est ainsi que j’ai décidé d’aider les artistes en allant voir les animateurs de radio pour qu’ils jouent les maquettes et les cassettes des artistes. Je négociais les passages des artistes sur les radios ainsi que leur participation à des concerts, aux événements culturels, artistiques et sportifs. C’est ainsi que j’ai mis un pied dans le management culturel et artistique.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous installer en France ?

Je partais régulièrement en France et je suis tombé amoureux de ce pays, de sa langue, de sa culture... J’ai eu une âme sœur en France, nous nous sommes mariés. J’ai donc fondé un foyer en France avec ma Martine Arnaud Touré dite Bintou, son prénom malien, et son fils Alexandre. Nous sommes très heureux. L’autre raison, vous savez que ce n’était pas facile d’être Rastaman au Mali à cause des préjugés socio-culturels. Cela m’a aussi encouragé à m’installer ici. C'est en 2006 que j'ai commencé à aller régulièrement en France où je suis installé depuis 2009.

Aujourd’hui, quel genre de relation avez-vous avec les artistes maliens ?

J’ai une bonne relation avec les artistes maliens car au Mali, ils sont ouverts et respectent beaucoup les animateurs. Ici, nous sommes comme une grande famille malienne chaque fois qu’on se rencontre. On se soutient et on se file des tuyaux.

Pouvez-vous nous parler brièvement de votre émission sur le Web ?

C’est une émission artistique et culturelle. Je fais des interviews et reportages sur nos artistes afin de les faire connaître dans le showbiz français et international.

Qu’est-ce qui vous a poussé à lancer une telle initiative ?

Ici, nous n’avons pas assez accès aux chaînes de télévision. Ce qui fait que nos artistes sont dans l’ombre et on entend moins parler d’eux. J’ai trouvé que le web est de nos jours un moyen de communication et de promotion qui pouvait aider nos artistes à rester en contact avec leurs publics, de loin ou de près. C’est ce qui m’a poussé à initier cette émission (interview, reportage…) diffusée sur internet. La culture malienne, voire africaine, a une place importante dans cette émission lancée pour la promouvoir en France, voire en Europe et en Occident.

Vous avez aussi fait de la figuration dans certains films. Lesquels ?

J’ai été acteur de complément dans le film. «Qu'est-ce qu'on a fait, oh Bon Dieu ?» de Philippe Vancherau, sorti le 16 avril 2014 en France. J’ai aussi été acteur de complément (Film) dans «Samba, une comédie française» d’Éric Toledano et Olivier Nakache. Sorti le 15 octobre 2014, ce film a comme acteurs principaux Omar Sy, Charlotte de Gainsbourg... J’ai aussi participé au long-métrage «36 Heures à tuer» de Tristan Aurouet (LGM Production). Je suis aussi acteur de complément dans le court métrage, «Les Rêves» dans lequel j’incarne un homme d’affaires.

Doit-on s’attendre à vous voir bientôt dans un rôle majeur au cinéma ?

C’est mon souhait. J’en rêve ! Mais, ce n’est pas facile d’avoir un rôle majeur en France sans passer par une école de comédie. Ce n’est pas comme aux Etats-Unis. Néanmoins, j’essaie quand même car on ne sait jamais. Et je viens d’être contacté par Kassim Sanogo, un réalisateur malien vivant en France, pour jouer dans son prochain film, un long-métrage (fiction) de 120 minutes. Il compte me confier un rôle très important à travers un personnage qui sera l'ange gardien du personnage principal. Je dois incarner celui qui va introduire ce personnage principal dans un monde où il est nouveau : le monde des Africains et des marginalisés du système en France. C'est un film de fiction dont les rôles sont joués par des personnes qui ne sont pas forcément issues d’une école de comédie, mais des personnes qui jouent des rôles dans un milieu et une réalité qu'ils connaissent dans leurs vraies vies. La production commence en septembre et le début du tournage est envisagé pour décembre 2015. Je demande la bénédiction de tous pour que ce projet se concrétise.

Quel est aujourd’hui votre regard sur le hip-hop au Mali ?

Le RAP, c’est Rappeler, Appeler et Parler. Le hip-hop a beaucoup progressé au Mali. Avec de nouveaux talents et de nouvelles techniques, nous avons de bons beatmakers et de bons réalisateurs de clips vidéo. Mon seul conseil, c’est que les MCs (rappeurs) fassent beaucoup attention aux clashs négatifs car le hip-hop est un moyen de sensibilisation, d’éducation, d’union et de distraction. Nous devons donc l’entretenir et le sauvegarder tel un patrimoine national.

Au Mali, on vous a aussi connu avec un groupe d’enfants rappeurs, Guérébou Kounkan. Qu’est-ce que ce Boys Band est devenu ?

Guérébou-Kounkan, c’était, c’est et ça restera ma famille. Le groupe a été divisé après notre dernière tournée européenne en 2007 car le deuxième chanteur a décidé de mener une carrière solo et le groupe n’avait plus de producteur. Mais, ça va aujourd’hui car le plus jeune, «HB» (Hady Bah), continue d’évoluer de son côté. Il a un autre producteur et un album sur le marché.

Envisagez-vous de le réformer ?

Oui, bien sûr ! C’est ma famille. Je suis en contact avec les autres membres du groupe et j’aimerais vraiment continuer à travailler avec eux.

Quels sont les projets envisagés en faveur du Mali dans les années à venir ?

J’ai des propositions de projet pour la commune II du district de Bamako. Si le projet est validé, ce serait une première au Mali et ferait travailler beaucoup de personnes des autres quartiers. Pour l’instant je préfère le garder pour moi car on dit que «si tout le monde sait où tu vas, tu ne vas jamais arriver». J’ai perdu beaucoup de projets et j’ai vu des gens et entreprises réutilisés mes projets qu’ils avaient pourtant refusé de soutenir ne les jugeant pas pertinents.

Quel est aujourd’hui votre regard sur la jeunesse malienne de la diaspora ?

J’ai un regard très positif sur cette jeunesse. Elle est brave et patriote. C’est une jeunesse qui se bat nuit et jour pour relever des défis immenses tout en rehaussant l’image du Mali.

Quels sont les défis auxquels cette jeunesse fait face ?

Le principal défi est de réussir afin de pouvoir réaliser quelque chose pour la famille et le pays, c’est-à-dire le Mali. Il y a des ressortissants de certains villages qui cotisent pour construire des écoles, des centres de santé, des terrains de foot, des projets associatifs... Et cela peut changer le destin de toute une communauté.

Quelles sont les conditions à réunir pour mettre les talents de cette diaspora au service du développement socio-économique et culturel du Mali ?

C’est de faciliter et d’accueillir les initiatives de projets de cette diaspora. Nous aimons notre pays et nous nous battons chaque jour pour que notre pays se développe. Les autorités maliennes doivent toujours veiller à faciliter les démarches administratives non seulement au niveau de nos consulats, mais aussi au niveau du pays. Il faut aussi trouver les meilleures stratégies d’information et d’accompagnement des Maliens de l’extérieur dans leur volonté d’investir au pays. Beaucoup hésitent aujourd’hui à investir au Mali parce que ceux qui ont tenté l’expérience ont échoué. Ils ont le plus souvent été victimes d’escroquerie faute d’accompagnement des autorités maliennes. Il faut maintenant les remettre en confiance et les inciter à investir dans le développement du Mali.

Visiblement, vous vous épanouissez bien en France. Quel est le secret de cet épanouissement ?

Vous trouvez ? L’apparence est trompeuse, M. Bolly. Vous savez, dernière nos images sur les réseaux sociaux, nous sommes des hommes et des femmes stressés, angoissés…, donc pas forcément heureux ici. Mais, malgré nos soucis personnels, nos problèmes de famille d’ici et au pays, nous essayons de garder le moral. Il est aussi vrai que nous nous épanouissons à chaque retrouvaille en famille ou avec les amis.

Votre Slogan de la vie ?

Garde la pèche malgré la dèche. Avancer, progresser, aller plus loin, c’est-à-dire réussir dans la vie.

Quel est votre mot de la fin ?

Je demande aux jeunes d’étudier, d’étudier et d’étudier. C’est très important car les études vous donnent la clé du monde. On peut tout vous prendre, sauf ce que vous avez dans la tête. Je demande aux parents des bénédictions et aussi qu’ils soutiennent et aident les jeunes à se maintenir sur le droit chemin. Je demande à son Excellence Monsieur Ibrahim Boubacar Kéita et à son gouvernement de soutenir et de faciliter les projets vers le Mali, car beaucoup de Maliens et Maliennes de la Diaspora sont presque découragés à cause des longues procédures administrative pour la mise en place des projets de développement. De passage, je remercie Ahmadou Maïga dit Diadié journaliste. Merci au Le Reporter Mag, la Radio Patriote, Radio Bamakan et tous les animateurs de radio et de télévision au Mali. Je remercie le bon Dieu, ma maman Kadia Kéita, mon regretté Papa (qu’il repose en paix dans la grâce éternelle d’Allah), mes frères et sœurs, mes familles et mes amis. Vivement la paix au Mali pour libérer les énergies et les initiatives de développement !

Propos recueillis par Moussa BOLLY

 

Source : Le Reporter Mag

KIOSQUE JOURNAUX
(Sélectionnez un journal pour afficher les articles)

Restez connecté

You are here: